Joachim Schnerf, un air de famille

LaSolutionEsquimauAW

Quelque part en Alsace approche la nuit de Pessah, la Pâques juive. Salomon, rescapé de la Shoah, vient de perdre sa femme et redoute d’organiser seul cette cérémonie à hauts risques qui réunira toute la famille (ou presque) : absence douloureuse de sa femme, présence de ses deux filles qui ne peuvent pas se voir, de ses gendres, de ses petits-enfants. 

Ce sera donc la première nuit du Seder, qui commémore la sortie d’Egypte du peuple juif, sans elle. Une nuit que Salomon craint et dont l’approche fait rejaillir en nombre, souvenirs, bons et mauvais moments familiaux. Un moment partagé entre la peur et l’impérieuse nécessité de retrouver la chaleur de l’amour dans le cocon familial.

Voici donc le deuxième roman du très prometteur Joachim Schnerf. Ecrit tout en équilibre entre humour concentrationnaire et délicatesse absolue. Entre des moments très drôles et d’autres beaucoup plus dramatiques. On est un peu perdu entre les larmes de rire et les larmes tout court devant ce pauvre Salomon qui a bien du mal à survivre à celle qu’il aimait tant, « sa » Sarah.

C’est « une très légère oscillation » entre le tragi-comique et le dramatique, dans un récit émaillé de fulgurances d’une poésie rare sur le deuil et l’absence. Servi par une écriture toute en sensibilité et en maîtrise, Joachim Schnerf nous propose un huis clos familial ébouriffant et grave, masquant une grande partie de son récit dans l’entre-ligne. Ce qu’il n’écrit pas, il le suggère. Le sous-entend. Invitant presque son lecteur à ce devoir de mémoire qui sous-tend chaque existence, et auquel Salomon, son héros, n’échappe pas au soir de sa vie.

Et enfin, pour ceux qui, comme moi, n’y connaisse rien, on y gagne au passage un exposé passionnant sur le déroulé des festivités de la Pâques juive et ses rites multiples.

Roman justement récompensé par le Prix Orange des Lecteurs, 2018,

Cette nuit de Joachim Schnerf aux éditions Zulma

Extrait & Citation :

« Je me demande où Sarah se trouverait en ce moment. Sans doute en train de marcher discrètement dans la pièce, essayant de se préparer sans me réveiller. Ses pieds effleuraient les lattes du parquet, ils caressaient le sol sans fausse note. Je me demande, mais je sais que Sarah est partout. Sarah. J’aime murmurer son nom, j’aime la murer dans mes pensées pour empêcher l’oubli d’effectuer ses rondes. J’enroule ma femme dans nos tapis, dans nos rideaux, je démembre son image pour qu’aucun nazi ne puisse la rafler tout entière. Je remplace les abat-jour par ses prunelles bleutées, les oreillers par ses mains accueillantes. … »

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