Cher Olivier,

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Cher Olivier,

Voilà depuis maintenant 2 ans, chaque mois de septembre est pour moi l’occasion d’une petite lettre ouverte à un auteur, forme un peu bizarroïde pour remercier un livre de la rentrée qui m’a particulièrement touché. Il y a eu le colosse en bleu Serge et le barbu à lunettes Sébastien. J’espère que la situation donc te conviendra. Bon, même si ce n’est pas le cas, Olivier, tu sais bien que tu n’as pas le choix. Le blogueur est maître en son microscopique royaume. Même si c’est s’attaquer au croisement de Javier Bardem et d’Enrique Iglesias (je te ressemble en cela, j’écris tout, on s’en fiche, on fera faire le tri par les autres quand on sera mort, d’accord ?)

Evidemment, j’avais pensé à une forme plus traditionnelle pour parler de ton deuxième roman, Einstein, le sexe et moi, à peine deux mois après avoir succombé au charme fou de ton premier roman Danse d’atomes d’or. J’étais inquiet je l’avoue, un peu sceptique même, puisque j’ai naturellement tendance à être bienveillant sur les premiers romans et beaucoup moins pour les seconds.  Et là, je suis donc comme un con.

Parce que sortir un roman qui raconte au mot près ton expérience personnel (ô combien victorieuse à tout point de vue !)  au jeu télévisé Questions pour un champion, Il fallait un bon grain de folie ou être inconscient. Heureusement pour nous, tu es une douce alchimie des deux, grâce probablement à cette « petite différence » qui te rend, comme nous tous d’ailleurs, unique. Parce que cette aventure télévisuelle, tu l‘as d’abord vécue comme un combat contre la vie, les autres, toi-même aussi probablement. Il ne s’agissait pas de gagner au nez et aux frisottis de Julien Lepers, il s’agissait de tuer. Pour hurler au monde ton existence, ton être (plutôt ton mal être), et esquisser le mot liberté sur les contours escarpés de ta personnalité unique.

Ce récit, raconté à la vitesse des meilleurs scénarios hollywoodiens, tu le parsèmes d’anecdotes ou de réflexions sur ce que furent ton premier quart de siècle. Un enfer ou presque. A l’école un cauchemar. Au collège, un supplice. Et une vie tellement infernale que tu as pensé la quitter un peu avant l’heure fixée (par qui, on ne sait pas, mais on s’en fiche un peu). Normalement la vie c’est plein de promesses et de bonheurs. Normalement, parce que pour toi, les choses ne se sont pas vraiment passées comme cela. Ton cerveau fonctionnait trop bien, tes attitudes et tes rapports aux autres étaient inexistants ou désaxés. Physiquement tu étais incapable de t’accepter. Evidemment tes rapports au sexe opposé s’en sont trouvés affectés. C’est là, Olivier, où t’es un Super Champion, c’est quand tu parles des femmes.

Alors c’est avec des mots, tes mots, que tu as cherché à conquérir ton corps, celui des femmes et c’est avec une sincérité désarmante, sublime et sauvage que tu nous offre littéralement cette éviscération de toi-même. Oui c’est assez moche comme mot éviscération, je suis d’accord. Mais tu vois Olivier, ce n’est pas parce qu’il est différent de … diaphane par exemple qui est très beau… qu’on ne doit pas l’utiliser. Et l’aimer.  Voilà ce je crois avoir lu dans ces 200 pages, violentes et souvent très drôles. Le rire est une arme, c’est aussi pour toi un bouclier. Contre cette douleur sourde qui est la tienne, dans cette forteresse de solitude et de colère que tu as pu être, tes mots toujours justes, éblouissants, malins, te réparent en nous émerveillant de cette franchise blessante. Ce roman, celui d’une vie de honte et de violence mêlée, tu l’as écrit pour toi et c’est nous qui en profitons. Quelle générosité pour quelqu’un si persuadé d’avoir toutes les tares du monde ! Cet engagement, cette intensité que tu mets à parler de toi, sont une leçon de courage inoubliable pour celles et ceux qui se sentent différents mais aussi un bon poing dans la gueule de ceux qui ont du mal à accepter la différence, sans chercher à composer avec. A ce stade, tu es carrément un spin doctor de la tolérance.

Et, vois-tu, cette singularité qui est ta force explose depuis que tu es lancé dans la promo de ton bébé Einstein (désolé pour cella là). Tu donnes tout. Ce n’est pas beau. C’est essentiel. Et si tu ne le fais pas pour toi parce que tu es toujours quelque part en colère, j’aime à penser que tu le fais surement pour d’autres.

« Dès la naissance on ne le sait pas encore, mais il n’y a plus qu’à attendre la mort en essayant d’être tendre avec soi, le plus tendre possible, aimant avec les autres, le plus aimant possible, et révolté contre tout le reste. Il suffit de le comprendre pour que la vie devienne une fête ». Ces mots, bien sûr, ce sont les tiens. Alors place à la fête !

Voilà, le 28 septembre prochain tu as accepté de venir parler dans la librairie que je fréquente chaque semaine ; Je t’ai dit un soir très tard : « tu viens ? ». Tu as répondu « d’accord ». Simple as That.

C’est une chance de te recevoir Olivier, un grand bonheur surtout, on parlera du Kon Tiki (c’est important), y aura de la joie, des gens passionnés, plein de livres, des gens intéressés, des qui « ne font qu’accompagner Madame », d’autres auteurs aussi. On sera bien.

Amitiés,

Vincent

 

Einstein, le sexe et moi d’Olivier Liron, chez Alma Editeur, 2018

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