Julie Estève, au pays du Juste

IMG_4721Une histoire, finalement, ça ne tient à pas grand-chose. Tenez.

D’abord le gusse, on l’enterre. Et pour le coup, cela arrange tout le monde.

Un homme, pété du ciboulot. Avec des cases pas vraiment rangées comme chez tout le monde.

Une chaise, pétée tout court. Dont il ne reste bientôt plus qu’un seul pied.

Autour, Un village qui s’accroche au maquis corse, avec son cimetière comme suspendu au-dessus du vide et dedans les occupants comme enterrés debout. 

Lui, c’est Antoine Orsini. L’idiot, le simplet, l’abruti. Quand le ravi de la crèche provençale traverse la méditerranée, cela devient un baoul. Un mongol. C’est lui. Antoine.

A la fois bouc émissaire et homme à tout faire de son village. Rejeté par tous, véritablement aimé par aucun, il voit tout, sait tout. Proche de la nature, rejeté par ses semblables, il n’a guère que pour compagnon, Magic, son meilleur ami, et Florence, dont il est un peu amoureux, jusqu’à ce qu’on l’accuse de l’avoir assassinée. Résultat des courses : 15 piges à l’ombre. Pour un meurtre qu’il n’a pas commis ou peut-être, c’est pas sûr.

En attendant, il parle à sa chaise. Et ce sont mille & une histoire qui s’échappent de sa bouche. Des secrets de village et des anecdotes qui se perdent dans les épineux du maquis. Autant de vrais mensonges que de fausses vérités. Puisqu’Antoine, il ne sait pas très bien faire la part du bien et du mal dans tout ça. Et parce qu’en plus, tout baoul qu’il est, il préfère de loin le contact des choses à celui de ses semblables. Et a ces étincelles de lucidité franche qui sont comme autant de petits diamants de vérité qui cascaderaient en grinçant dans les recoins nauséabonds de notre nature humaine.

C’est donc le portrait d’un homme si seul, haï par son propre père, qui nous apparait, dans toute la lumière de son extrême simplicité. Sa lumineuse et cruelle vérité.

Si vous voulez, c’est entre le Momo de la Vie devant Soi d’Emile Ajar/Romain Gary & l’Ugolin de Marcel Pagnol, ce qui déjà dans mon panthéon personnel de la littérature équivaut à un double titre olympique. Et sincèrement il n’en faut pas beaucoup plus pour faire monter la température dans mes yeux. La gouaille et la candeur de l’un, la misère et la beauté d’âme de l’autre.

L’histoire de ce sans grade de la vie est tout simplement une pure petit bijou de cette Rentrée Littéraire. Deuxième roman de Julie Estève, et superbe découverte pour ma part, c’est à la fois cruel, poétique et parfaitement mené de bout en bout. On passe du rire aux larmes sans préavis tant les réflexions d’Antoine tiennent à la fois de la plus parfaite cruauté et de la sensibilité la plus délicate. C’est d’une tendresse sauvage en somme ces quelques 200 pages qui vous feront passer un fabuleux moment de lecture. Et probablement beaucoup réfléchir aussi sur l’approche que l’on peut avoir de la « différence » sous toutes ses formes. On a parfois un peu envie de faire comme lui et d’aller gueuler là-haut sur la montagne avec ce héros qu’on a complètement envie de prendre dans ses bras

Une belle et intense histoire finalement ça ne tient pas à grand-chose vous voyez.  Un ton et une langue au service d’un style impeccable, mâtiné d’un bon suspense romanesque. Et un talent immense pour mettre tout cela en scène.

Quant à moi, quand je refermais ce petit miracle, je repensais à ces mots d’Ugolin,

« C’est pas moi qui pleure ! C’est mes yeux. »

Et surtout, je vous invite à découvrir le blog de Nicolas , sublime, grâce à qui ce petit bonheur de papier est arrivé jusqu’à moi. Ce n’était pas un pigeon voyageur qui me l’apporta, non. C’était un Albatros. Grand comme ça.

Simple de Julie Estève aux éditions Stock, 2018

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