Maurice Pons, inglorious basterds

IMG_5898Au milieu de nulle part, au fond d’une vallée, un village.

Une rue. De chaque côté des bâtisses menaçant ruines ou croulantes sans fenêtres. Si ce n’est côté montagne. Et encore ce n’est pas certain.

Un homme s’avance, voici Siméon, voyageur à bout de forces qui espère trouver ici la quiétude nécessaire à l’écriture d’un livre qui racontera ses souffrances passées dans un désert sous un soleil de plomb.

Ici, Il pleut. C’est normal. Sauf qu’ici l’automne dure 40 mois et que la pluie ne cesse jamais. Pour céder devant l’hiver. 40 mois d’un gel à pierre fendre.

 Et ce ne sont pas les habitants de la vallée qui vont réchauffer l’ambiance : ils vivent terrés chez eux, ne sortent jamais et ne se nourrissent que de lentilles. En plat comme en boisson. Des habitants qui tiennent plus du troll ou du farfadet que de l’être humain, souvent estropié, borgne ou manchot. Une humanité sur le déclin, au bord de l’extinction. 

 Pour le reste, il faudra lire les 214 pages que compte Les Saisons de Maurice Pons (1927-2016), et apprendre à quoi servent les grenouilles par ici et comment on soigne efficacement un doigt de pied malade dans cette contrée oubliée des dieux.

Dix petites lignes pour résumer un authentique roman monde voici qui est bien peu ou déjà trop. Cette lecture est strictement impossible à résumer tant elle fut hypnotique, inconfortable et saisissante. Un roman inclassable qui emprunte tous les codes et n’en respecte aucun. A la fois récit post apocalyptique, fable humaniste et conte quasi-biblique.

Siméon croit toucher son paradis après une vie émaillée de douleurs et atterrit dans ce qui ressemble fort à l’antichambre de l’enfer. Il y subit procès d’intention sur procès d’intention qu’on réserve à tout Etranger, avant d’être adulé tout en étant détesté en sa qualité d’homme de science. Malentendus, quiproquos, situations absurdes, ce roman ne vous laisse jamais en paix et dépeint avec férocité et parfois sauvagerie une société des hommes, sans repères, sans modèle, au bord de l’implosion.

Parce qu’au fond, Siméon est un homme bon. Trop bon qui croyant trouver sa rédemption dans l’écriture, se retrouve jeté en pâture, à la fois bouc émissaire et héros. Lui, c’est L’Etranger, Le Candide, celui qu’on rejette, qu’on ignore mais dont on a un besoin plus que pressant pour continuer d’espérer. Pour croire à l’Exode et à la Terre promise. Rien de moins.

Dans cette ambiance de fin du monde, on est facilement embarqué entre l’aspect grotesque des événements et leurs caractères sordides. C’est au fond une comédie humaine dantesque à mille facettes dont il est difficile de tirer les des desseins de l’auteur. Si ce n’est probablement celui d’interroger la part d’humanité qu’il reste lorsque tout s’acharne à nous faire croire à sa disparition. Il y a dans l’écriture de l’auteur une urgence d’humanité et si vous y voyez également une charge virulente contre notre société, vous aurez certainement raison également. Cette sauvagerie de nuit des temps tapie au fond de chacun de nous. En sommeil, simplement.

Ce roman est à la fois épouvantablement sombre, glauque et hypnotique d’une indescriptible beauté. Le déchaînement des éléments et de la nature étant parfaitement contrebalancés par l’esprit de survie et la volonté d’y croire de cette équipée de villageois grotesques, géniaux et d’une cruauté sans nom.

Quant à l’écriture de Maurice Pons, je n’en dirais mot. Simplement, ce roman est aujourd’hui qualifié de culte, de chef d’œuvre ou d’inclassable. Et j’aime penser que c’est aussi lié au style et à la puissance de l’écriture des Saisons, qui plus de 50 ans après sa parution, continue d’éblouir par sa richesse, sa rigueur, sans avoir pris le début d’une ride.

Allez, laissez-vous tenter.

Vous n’en reviendrez pas… 😉 de cette immense voyage littéraire.

Au sortir de cette lecture, je n’étais pas mécontent de voir surgir, haut dans le ciel, le vol paisible et rassurant d’un grand oiseau des mers du Sud. Courageux, Il se posa. Me prit sous son aile. Et m’emporta.

To be continued, …

Les Saisons de Maurice Pons aux précieuses éditions Christian Bourgois (il y a très longtemps, 1965 donc, mais 1992 pour l’édition commentée ici).

3 réflexions sur “Maurice Pons, inglorious basterds

  1. Non mais Siméon, t’as compris quand même… mon silence ? Siméon, je suis fâchée avec toi : grandement.
    Tes tergiversations, tes berlues, tes atermoiements, tes loufoqueries, tes inconstances, ta naïveté, ta crédulité, ton innocence, Siméon, ton innocence.
    Je t’ai vu  » gros Jean comme devant  » mon garçon, dès le début !
    Imagine mon inconfort de fidèle lectrice.
    Tu t’es fait « péchôt » par tous ces ringards, ces niais, ces ambigus, ces  » de-travioles  » qui n’ont jamais froids eux, ces falots revêches de tout âge, bouffeurs de lentilles.
    Les lentilles, Siméon, j’en connais un rayon, y’a pas que du fer !
    Et tes mutilations, Siméon, tes mutilations, ça ne t’a même pas inspiré deux sous de bon sens. Jusqu’au bout, Bravo ! quelle prouesse !
    Quand je pense que tu les as laissés le cul par terre à la page 87, moi aussi d’ailleurs. Remarquable ce discours, extra-ordinaire, brillant, majestueux, formateur, sujet à reflection, à reconnaissance. Je me suis dit  » allez Bibiche son intervention est remaquable, son bouquin est écrit, souffle, avance, rien n’est perdu « . Mais que néni, mon garçon ! rien, que dalle. Et là, moi, grande lectrice honnète, je me suis sentie démangée d’aller insidieusement à la page 214. Siméon, j’avais la certitude collée au ventre  » ce con ne va pas s’en sortir « . J’ai résisté, j’y suis pas allée.
    Derechef, sans coup férir, j’ai lu  » Point Zéro  » allez hop mille pages, fallait que je souffle : James Bond, il n’arrive pas à la cheville de cette bande d’aventuriers, ça m’a changé les idées, pas toujours relaxée, ils pouraient de donner des cours, mais bon !
    Moi écrivaine, un peu tard, et toi Siméon t’as raté la page 87.
    Quand je pense à ces feuilles blanches (ta ramette Siméon, on se réveille !)… elles volent, frisées dans le grand gel ou alourdies d’infinie pluie, vides de tes écritures (pas tes hyérogryphes incertains, on se réveille, Siméon !). Le chat, Siméon, t’as même pas utilisé sa chaleur pour écrire vraiment.
    Siméon, jack pot ! je suis allée sans brûler ni les paragraphes ni les pages jusqu’à la page 214. Pourquoi ? pour rien.
    J’avais un très mauvais présentiment qui c’est inéluctablement confirmé : t’as rien écrit.
    Tu t’es fait péchôt. T’es plus que le cul par dessus la tête. Je suis grandement triste pour toi, mon garçon. T’as rien écrit et en plus t’es mort, quel luxe : tu t’es fait rouler dans la farine !

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